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la baule + L’essentiel de la presqu’île guérandaise ! Mensuel gratuit d’informations - N° 236 - Février 2024 SOYEZ RESPECTUEUX DE L’ENVIRONNEMENT : NE JETEZ PAS CE JOURNAL SUR LA VOIE PUBLIQUE, EMPORTEZ LA BAULE+ CHEZ VOUS ! Michel Desmurget 365 millions de chrétiens persécutés dans le monde ! Guillaume Guennec, directeur de l’ONG Portes Ouvertes, commente l’index de persécution des chrétiens. Pages 4 à 6 Le docteur en neurosciences, s’alarme de la dégringolade du nombre de jeunes lecteurs. Pages 10 à 12 Stéphane de Groodt « Ce qui m’énerve le plus, c’est l’écriture inclusive » Page 16 La Baule rend hommage à Olivier Guichard Page 14 ÉCONOMIE Le président du tribunal de Commerce de Saint-Nazaire souhaite accentuer la prévention Page 8 HISTOIRE Téléchargez l’application Tout savoir sur votre commune et son développement Retrouvez en podcast le nouveau rendez-vous avec vos maires sur le site de Kernews - Rubrique La Vie en région Déjà en ligne : Norbert Samama (Le Pouliguen), Nicolas Criaud (Guérande), Franck Louvrier (La Baule). Tous les élus seront invités au cours des prochains mois. Téléchargez l’application La Baule+ et recevez les alertes essentielles

la baule+ 2 | Février 2024 Nicolas Criaud, président de Cap Atlantique et maire de Guérande, et Franck Louvrier, maire de La Baule, circulent régulièrement à vélo sur la presqu’île. Il n’est pas rare de les croiser sur les pistes cyclables et ils ont donc pu mesurer les manques et les attentes des utilisateurs. C’est pourquoi Cap Atlantique construit actuellement une nouvelle liaison cyclable entre Kerquessaud et TroUne nouvelle liaison cyclable entre Kerquessaud et Tromartin martin. Les cyclistes qui ont besoin de faire le trajet entre les hauteurs de La Baule et Guérande pourront ainsi gagner 3 kilomètres, ce qui n’est pas négligeable, par rapport à la piste historique qui relie l’entrée de La Baule à Tromartin. Cette nouvelle piste s’adressera surtout aux habitants qui vont travailler en vélo, puisqu’elle longe la Route bleue, entre la sortie La Baule Centre et Tromartin. Ensuite, les cyclistes seront réorientés vers la piste qui mène à Villejames. Le chantier a démarré début janvier, avec l’aménagement de 1,2 kilomètre de voie cyclable, et il sera terminé au printemps. Nicolas Criaud, président de Cap Atlantique et maire de Guérande, souligne que cette piste est particulièrement attendue par les salariés du parc d’activité de Kerquessaud. Cette zone accueille des entreprises, la caserne des pompiers et, bientôt, les agents municipaux de La Baule, dont les locaux vont déménager. Il observe que la population demande maintenant des « routes express » en vélo : « Cette piste entre Tromartin et Kerquessaud va rejoindre celle qui nous emmène jusqu’au long de l’aérodrome de La Baule. Ensuite, nous allons aller plus loin, avec une liaison entre Saint-André-desEaux et Guérande. Tout cela permettra de rejoindre La Baule et les autres villes du littoral. » Cette liaison s’inscrit dans le cadre d’un projet plus important qui vise à multiplier ce type de voies cyclables pour mailler le territoire, notamment en parallèle de la Route bleue, avec l’objectif de relier Guérande à Saint-Nazaire. Franck Louvrier, maire de La Baule, explique que l’objectif est de passer du vélo-tourisme au vélo-travail : « Les déplacements doux sont des alternatives aux déplacements carbonés. Nous poussons à la consommation du vélo-travail, notamment en installant un éclairage réfléchissant, puisque l’hiver on arrive ou on sort du travail alors qu’il fait déjà nuit. Si l’on ne sécurise pas la piste cyclable, les gens ne l’utilisent pas ! »

la baule+ Février 2024 | 3 Les journalistes ont reçu une invitation du sel Le Guérandais, qui appartient à la coopérative Terre de Sel, pour la présentation d’une nouvelle gamme de sel dans un restaurant parisien. Généralement, les entreprises qui défendent un ancrage local font appel à des communicants régionaux. Mais cette fois-ci, l’invitation émanait d’une agence américaine connue pour son lobbying au profit des intérêts américains à la Commission européenne. Dans une étude de 2001, l’École de guerre économique rappelait déjà le rôle délétère de ce groupe au moment de la crise de la vache folle : « Bloquer littéralement toutes les informations relatives à la gestion de l’ESB. Pour cela, Hill & Knowlton va « expertiser » la réputation de certaines sociétés (c’est à dire démontrer que cette affaire n’est qu’un problème sanitaire mal maîtrisé par des entreprises européennes indélicates) et mettre en relief les entraves au commerce international (sous-entendu l’intention par les éleveurs français de retirer le soja transgénique de l’alimentation animale). » Or, Hill & Knowlton est aussi l’agence qui avait orchestré la campagne de désinformation sur l’Irak, sous la supervision de la CIA et du Pentagone, avec l’affaire des couveuses au Koweït. Une jeune infirmière avait témoigné à l’ONU des atrocités soi-disant perpétrées contre des nouveau-nés koweïtiens : « J’ai vu les soldats irakiens entrer dans l’hôpital avec leurs armes. Ils ont tiré les bébés des couveuses, ils ont pris les couveuses et ils ont laissé mourir les bébés sur le sol froid. J’étais horrifiée. » L’opinion publique mondiale avait été bouleversée et avait alors pris position en faveur d’une intervention militaire contre Saddam Hussein. Toutefois, quelques années plus tard, des journalistes ont pu découvrir que ce témoignage était entièrement infondé et qu’il avait étémonté par Hill & Knowlton. La jeune fille avait pour père l’ambassadeur du Koweït à Washington. Elle avait été coachée par Hollywood pour apprendre à pleurer et à se montrer traumatisée, tout cela sur les conseils de cette même agence. En conclusion, il apparait que le sel Le Guérandais aurait pu choisir de faire travailler une grande agence française, comme Publicis ou Havas, ou des structures locales ou régionales qui auraient aussi pu prendre en charge cette campagne de promotion pour s’illustrer en adéquation avec les valeurs affichées par la coopérative « Libre et authentique ». L’étrange choix du sel Le Guérandais en matière de relations publiques

la baule+ 4 | Février 2024 La Baule+ : L’an dernier, nous avions observé que la situation se dégradait en Asie et en Afrique, mais qu’elle s’améliorait dans certains pays arabes. Or, on constate une nouvelle dégradation dans des pays arabes. Que se passe-t-il ? Peut-on soupçonner une volonté de « maquillage » à l’occasion de certains événements internationaux ? Guillaume Guennec : Non, il ne s’agit pas des mêmes pays. On a vu un discours émerger face à l’extrémisme islamique dans certains pays et qui faisait preuve de tolérance à l’égard des minorités chrétiennes historiques. C’est le cas dans certains pays de la péninsule arabique, il faut noter cela, mais je précise bien que cela concerne les minorités chrétiennes historiques, et non la question de la conversion. Si quelqu’un quitte sa foi familiale, clanique ou nationale, pour le christianisme, cela reste un sujet très compliqué au Moyen-Orient car la persécution va se jouer jusqu’au niveau de la famille. Ce sont ensuite des personnes auxquelles on ne pense pas forcément et que nous considérons dans notre index. Il y a effectivement des pays où les choses se sont compliquées, notamment au Moyen-Orient et au Maghreb, avec des accusations de blasphème dans la région du Kurdistan, qui est plus tolérante à l’égard des chrétiens que dans le reste dans l’Irak. On voit quand même émerger des tendances inquiétantes. Il y a deux ans, une jeune femme kurde qui s’était convertie au christianisme a été tuée, probablement par sa famille. Maghreb : il n’y a pas de problèmes pour les chrétiens expatriés Évoquons le cas du Maroc, un pays qui nous est familier, notamment à travers le tourisme, et qui figure à la 24e place. Comment expliquez-vous cette position ? Pour les pays du Maghreb, il n’y a pas de problèmes pour les chrétiens expatriés. C’est toujours plus compliqué quand on parle des Marocains qui quittent leur religion familiale, parce que la plupart sont musulmans et deviennent chrétiens. C’est un sujet qui est très mal accepté au sein de la famille et par la société. Il ne faut pas oublier que la principale oppression n’émane pas des musulmans, mais du communisme et du totalitarisme, ce qui fait que la Corée du Nord se situe toujours en tête… C’est le pays où il y a le plus de persécutions à l’égard des chrétiens. C’est le premier pays de notre classement depuis 2002 et, à l’exception de l’année 2022, la Corée du Nord est chaque année en tête du classement. C’est un pays où il n’y a aucune place pour le christianisme. Le simple fait de croire en Dieu en Corée du Nord est une trahison envers le régime. Les Nord-Coréens sont cenGuillaume Guennec, directeur du plaidoyer de l’ONG Portes Ouvertes : « En Inde, les religions qui ont pour berceau l’Inde sont tolérées, mais pas l’islam et le christianisme. » L’ONG Portes Ouvertes publie chaque année son index mondial des chrétiens persécutés dans le monde. Il apparaît que 365 millions de chrétiens sont aujourd’hui fortement persécutés et discriminés dans le monde, alors que le rapport annuel de l’an dernier en annonçait 360 millions. Dans les faits notables, la Corée du Nord reste en tête du classement. Le Laos passe de la 31e à la 21e place, avec pour la première fois depuis des années, des chrétiens tués en raison de leur foi. Le Nicaragua passe de la 50e à la 30e place. Pour la dixième année consécutive, la Chine est le pays qui a fermé le plus d’églises. Enfin, depuis des années, l’Afrique subsaharienne est la région où le plus de chrétiens sont tués pour des motifs liés à leur foi. Guillaume Guennec, directeur du plaidoyer pour l’ONG Portes Ouvertes, est titulaire d’un Master en action publique à Sciences Po Rennes et en Affaires internationales à Sciences Po Bordeaux. Il est également « Magistr » (équivalent Master) à l’Université de l’Amitié des Peuples de Moscou en Russie. Il a été attaché de presse et attaché politique à l’Ambassade de France au Kazakhstan. Il a étudié à l’Institut biblique « Slovo Zhittia » à Borispol en Ukraine. Religion ► La persécution des chrétiens s’amplifie en Inde

la baule+ Février 2024 | 5 sés vénérer la dynastie des Kim: il y a des statues partout, dans chaque maison ou appartement il y a un portrait des Kim, il ne doit pas y avoir de poussière dessus, les Nord-Coréens remercient les Kim avant de manger… Dans ce contexte, le fait de croire en Dieu est une trahison envers le régime. Les chrétiens qui sont découverts sont tués sur place par les autorités. Inde : on assiste à une augmentation de la persécution, qui est souvent très violente, avec des milices qui passent les chrétiens à tabac La grande surprise, c’est aussi l’Inde, qui figure en 11e place, alors que dans l’imaginaire collectif ce pays est associé à la paix et au développement économique, il y a toujours de beaux clichés autour… C’est le pays qui a choisi la voie de la non-violence. Ils ont une Constitution laïque, qui respecte la liberté religieuse, et l’on dit que c’est la plus grande démocratie du monde. C’est pour cela qu’il est particulièrement inquiétant de constater qu’aujourd’hui l’Inde est à la 11e place du classement en termes de persécution des chrétiens. En Inde, il y a une idéologie qui se diffuse, l’hindutva, avec cette idée que l’Inde doit appartenir aux hindous, et l’essence de la culture indienne doit être protégée des influences des religions étrangères, particulièrement l’islam et le christianisme. En Inde, les religions qui ont pour berceau l’Inde sont tolérées, mais pas l’islam et le christianisme car ce sont des dangers pour l’unité de la nation. Ce discours a pris de l’ampleur au cours de ces dernières années. Il y a eu des actions violentes contre les chrétiens et les musulmans, il y a eu des actions plus politiques et, avec l’arrivée d’un parti de droite nationaliste au pouvoir, les partisans les plus radicaux de l’hindutva se sont dit que le vent était de leur côté. Ils ont donc pu s’en prendre impunément aux chrétiens et aux musulmans. Depuis 2014, on assiste à une augmentation de la persécution, qui est souvent très violente, avec des milices qui passent les chrétiens à tabac, surtout dans les États où les chrétiens sont minoritaires. Parmi les entrées, il y a le Liban, cela peut se comprendre en raison de la guerre, mais j’ai été surpris de voir l’Ukraine et Israël… On suit la situation dans un maximum de pays et l’on considère qu’à partir de 41 points sur 100, en fonction des persécutions, de la violence dans la vie quotidienne, on estime qu’il y a un problème. Donc, nous en sommes à 78 pays et l’on observe l’entrée du Liban, d’Israël et de l’Ukraine. Pour Israël, il y a eu des cas de chrétiens qui ont été pris à partie par des juifs orthodoxes et il y a aussi le cas des juifs messianiques. Ce sont des juifs qui reconnaissent Jésus comme leur Messie, donc qui se disent chrétiens d’une certaine manière, et c’est très mal accepté. Notre étude s’arrête le 30 septembre 2023, donc tous les événements qui se sont produits après ne sont pas comptabilisés. En ce qui concerne l’Ukraine, c’est plus surprenant, mais il y a une explication. La guerre entre l’Ukraine et la Russie ne se fait pas du tout sur des motifs religieux, nous nous intéressons à la persécution « Le simple fait de croire en Dieu en Corée du Nord est une trahison envers le régime.» des chrétiens en raison de leur foi, et, dans les critères, il y a les limitations de liberté pour les églises. Il se trouve que dans les zones occupées par la Russie, en particulier le Donbass, on a vu depuis 2015 des limitations à l’activité religieuse pour toutes les églises qui ne font pas partie de l’Église orthodoxe russe. (Suite page 6)

la baule+ 6 | Février 2024 C’est un aspect susceptible de tromper le lecteur, qui pourrait attribuer cela à l’Ukraine, alors que ces actions négatives auraient pu être imputées au débit de la Russie… C’est compliqué et il est nécessaire d’expliquer notre classement. Nous prenons en compte les frontières internationales. Donc, ce qui se passe en Ukraine, même dans un territoire sous occupation russe, est considéré comme se passant en Ukraine. Nous n’avons pas pris en compte la guerre, puisque ce n’est pas une guerre de religion. Le Mexique est en 37e position, car il y a beaucoup de meurtres et d’enlèvements, mais tout est lié à la drogue et au banditisme. D’ailleurs, on voit souvent, même dans les feuilletons américains, les trafiquants aller à l’église tous les dimanches.... Donc, on ne peut pas parler de persécution de chrétiens, parce qu’ils sont chrétiens… C’est une bonne question, qui concerne la Colombie aussi. Il y a la persécution qui vient des cartels, des trafiquants et des groupes armés qui veulent contrôler certains territoires. Si les chrétiens s’y opposent en raison de leurs convictions religieuses, parce qu’ils sont contre la corruption, ils vont encourager les membres de leur congrégation à ne pas participer à cela et à refuser de payer la taxe imposée par les cartels. Les prêtres sont tués et les enfants des pasteurs sont menacés d’être enrôlés de force par les groupes armés. Donc, c’est une pression très forte. Il y a aussi des moments où les chrétiens sont très vulnérables. En Colombie, un pasteur va à l’église avec sa femme et leur bébé de six mois, ils arrivent à moto, un membre d’un groupe lié au narcotrafic prend leur bébé, le met en l’air et menace de le laisser tomber en disant : « Donnez-moi votre moto, sinon je fais tomber votre bébé. » Alors, le pasteur donne sa moto. La personne lui rend son bébé en lui disant : « C’est facile, on sait que les chrétiens ne vont jamais se venger. » Il y a aussi la question des tribus indigènes autochtones qui ont gardé des rites et des traditions ancestrales et qui vont persécuter un individu de leur communauté qui se serait converti au christianisme. Vous précisez bien, dans votre grille d’analyse, que vous vous basez sur les frontières internationalement reconnues de l’ONU. Au cours de ces derniers mois, on a beaucoup parlé du conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie et, si l’on écoute certains commentateurs, on aurait pu penser que l’Azerbaïdjan serait quasiment dans les dix premiers du classement. Toutefois, on observe qu’il ne figure pas dans Suite de l’entretien avec Guillaume Guennec, directeur du plaidoyer de l’ONG Portes Ouvertes La Chambre régionale des comptes des Pays de la Loire a récemment examiné la gestion du trait de côte par la communauté d’agglomération Cap Atlantique. Le rapport souligne une sous-estimation significative des risques liés à l’érosion côtière dans cette région, notamment avec un littoral de 98 km très urbanisé et donc vulnérable. Environ 319 structures, dont des logements, des campings, et des infrastructures routières et d’assainissement, sont menacées par l’érosion d’ici 2100, particulièrement au Pouliguen. La gestion actuelle du trait de côte, qui relève principalement des communes sans coordination homogène ou vision à long terme, est jugée insuffisante. La Chambre suggère que Cap Atlantique prenne la responsabilité de cette gestion pour une approche plus unifiée et efficace. De plus, les documents d’urbanisme et les autorisations des communes de Piriac-sur-Mer et du Pouliguen ne prennent pas assez en compte le risque d’érosion côtière, aggravant ainsi l’exposition au danger. Cap Atlantique, en collaboration avec la CARENE, a commencé à élaborer une stratégie locale de gestion du trait de côte, incluant une cartographie locale plus précise et des actions de sensibilisation. Cette stratégie doit être finalisée et intégrée dans les plans locaux d’urbanisme des communes pour une meilleure gestion des risques. Toutefois, l’intégration de cette nouvelle stratégie fait face à des réticences, notamment du Pouliguen, en partie dues au manque de soutien financier de l’État. Gestion du trait de côte : un enjeu sous-évalué et mal géré les 57 pays classés en rouge : est-ce parce que vous avez considéré qu’il s’agissait d’un conflit de territoire et non d’un conflit religieux ? C’est pour cette raison que l’Arménie ne figure pas dans l’annexe, puisqu’il n’y a pas de persécution des chrétiens en Arménie. En ce qui concerne l’Azerbaïdjan, nous sommes sur un conflit aux motivations multiples. Il y a des motivations ethniques, nationalistes, politiques... On n’ignore pas qu’il peut y avoir une dimension religieuse sous-jacente, mais dans notre analyse des événements, à partir des informations que nous avons, pour le moment, il y a un conflit de territoire, un conflit nationaliste, un conflit ethnique, des violations de droits de l’homme, mais on ne peut pas comptabiliser tout cela en étant certain à 100 % que la motivation est religieuse. C’est ce qui explique notre prudence. Propos recueillis par Yannick Urrien.

la baule+ 8 | Février 2024 La Baule+ : Vous annoncez une hausse du nombre de procédures collectives en 2023. La situation des petites entreprises devient-elle plus critique ? Philippe Martin : Effectivement, au cours de l’année 2023, nous avons connu une recrudescence des ouvertures de procédures collectives, notamment des liquidations judiciaires directes, beaucoup plus nombreuses que les redressements judiciaires malheureusement. Cela concerne des toutes petites entreprises, mais ce n’est pas parce que ce sont des petites entreprises qu’il faut négliger l’emploi. Nous sommes toujours très vigilants. Nous n’hésitons pas à sauver les petites entreprises, mais si l’on prend une statistique nationale, on aura eu entre 55 000 et 56 000 ouvertures de procédures collectives en 2023, contre 60 000 au cours des dix dernières années en moyenne. On n’a pas tout à fait atteint le niveau constaté précédemment. Je pense que les mesures qui ont été prises pour sauver un maximum d’emplois ont pris fin et l’on assiste à un réajustement. Mathilde Defretin, vice-procureure de Saint-Nazaire, a déclaré observer « un manque général de culture économique et financière parmi les dirigeants pris en charge. Beaucoup d’entreprises naissent ou sont reprises, sans aucune étude de marché sérieuse et sans étude suffisante des bilans et des comptes. » Qu’en pensez-vous ? C’est ce que l’on peut constater effectivement. L’étude de marché doit se situer en amont quand on crée une entreprise. Il y a aussi un problème au niveau de la gestion courante. Bon nombre d’entrepreneurs sont d’excellents techniciens, très bons dans leur domaine d’activité, mais ils ont tendance à délaisser la gestion. On a encore eu des cas récemment où l’on était un peu effaré, ne serait-ce qu’au niveau de la gestion de base : suivre un poste client, maîtriser les coûts de revient, afin de fixer un prix de vente en considération d’une marge qui puisse permettre de dégager un résultat suffisant pour faire vivre le chef d’entreprise. Notre environnement est de plus en plus mouvant. Les choses évoluent très vite et lorsque l’on fait une étude de marché, la réalité peut être devenue différente quelques semaines plus tard… Les attentes des consommateurs varient rapidement, il y a des concurrents que l’on n’imagine pas et qui arrivent du jour au lendemain… La crise sanitaire, c’était une chose, mais on était loin de penser à certains paramètres, comme la hausse des prix, la raréfaction de certaines Philippe Martin : « Le chef d’entreprise doit venir nous voir l’esprit libéré. » Économie ► Le président du tribunal de Commerce de Saint-Nazaire souhaite accentuer la prévention Les décisions judiciaires, qui représentaient 3 420 cas en 2022, ont bondi de 43,45 % en 2023, soit l’équivalent de 4 906 jugements l’an dernier. Philippe Martin, président du tribunal de Commerce de Saint-Nazaire, entend insister sur la nécessaire anticipation des difficultés. En 2023, ces procédures préventives ont concerné 32 entreprises pour un effectif cumulé de 276 salariés. Mathilde Defretin, vice-procureure de Saint-Nazaire, souligne que nombreux sont les chefs d’entreprise qui pratiquent « la politique de l’autruche et repoussent l’échéance inévitable. Il peut être malheureusement constaté un manque général de culture économique et financière parmi les dirigeants pris en charge. Beaucoup d’entreprises naissent ou sont reprises sans aucune étude de marché sérieuse, sans étude suffisante des bilans et des comptes, sans anticiper les problématiques matérielles d’exploitation ou les travaux à réaliser, ce qui ne peut qu’entamer la confiance et la motivation des plus courageux, et aboutir à des situations signalées trop tardivement et, de ce fait, irrémédiablement compromises. » Ainsi, « dans 20% des dossiers, la date de cessation des paiements a été estimée par la juridiction à 18 mois en amont de l’ouverture de la procédure, soit le maximum que prévoit la loi. Environ 46% des procédures sont ouvertes alors que les comptes de l’année précédente n’ont pas été déposés au greffe. Il faut donc insister sur la nécessaire démarche proactive des chefs d’entreprise dont la méconnaissance de leurs obligations n’entame pas leur bonne foi, mais qui peuvent être guidés de façon insuffisante, parfois mal conseillés et qui se contentent d’une seule voix pour répondre à leurs questionnements. Les réseaux de conseil et de coaching ont de l’avenir. » Par ailleurs, Mathilde Defretin ajoute : « Le parquet restera également vigilant face aux agissements malhonnêtes de quelques chefs d’entreprise qui voient dans leur société une succursale de la banque ou une coquille leur permettant de dissimuler d’autres activités illégales. À ce titre, je ne peux que souligner un constat qui s’accentue concernant l’activité pénale : celui du déficit d’enquêteurs spécialisés en matière économique et financière, compromettant l’efficacité des investigations à mener face à des avocats de plus en plus spécialisés. » La vice-procureure de Saint-Nazaire déplore un manque de culture économique matières premières ou la baisse du pouvoir d’achat. Donc, l’économie a été un peu perturbée. La gestion des entreprises a été moins évidente qu’avant la crise. Bon nombre d’entreprises risquent de rencontrer des difficultés. Je voudrais faire passer comme message qu’il ne faut pas attendre trop longtemps. Il existe des solutions en amont dans le cadre de la prévention des difficultés des entreprises. Il y a le mandat ad hoc ou la conciliation. Il faut savoir que ce sont des procédures extrêmement confidentielles. Sur la place de Saint-Nazaire, cela ne filtre pas et personne ne saura qu’il y aura eu la mise en place d’un plan d’apurement, une négociation avec les créanciers ou des abandons de créance de la part de certains. Lors de toutes vos interventions, vous insistez sur la prévention, en invitant les chefs d’entreprise à venir vous voir dès leurs premières difficultés. Mais n’est-ce pas en contradiction avec l’esprit de l’entrepreneur, c’est-à-dire du grand sportif ? Si celui qui doit grimper une montagne est essoufflé à mi-chemin, il va quand même essayer d’atteindre son objectif. N’est-ce pas la mentalité du compétiteur ? Ce parallèle est correct, à une nuance près : le sportif essaye de se dépasser en permanence, tandis que l’objectif du chef d’entreprise est d’avoir une affaire qui se développe, pour vivre décemment. Ce que l’on constate, c’est que lorsque l’on rencontre des difficultés, on a toujours l’espoir de trouver des solutions, que le chiffre d’affaires va à nouveau se développer, que l’on va affiner la gestion, maîtriser les coûts… Et puis, le mot tribunal fait peur. À partir du moment où le chef d’entreprise est quelqu’un de sérieux, il y a des aléas dans la vie professionnelle et il doit s’enlever de la tête que le tribunal est synonyme de sanctions. On prononce très peu de sanctions. Nous avons généralement affaire à des gens sérieux et consciencieux, donc quelqu’un qui demande un rendez-vous sera toujours bien accueilli. On ne sera pas là pour porter un jugement sur son passé. On n’a pas le droit de donner des conseils, mais le chef d’entreprise doit venir nous voir l’esprit libéré. Il y a des procédures pour mettre les affaires sous la protection du tribunal. Le respect de la confidentialité est observé dans tous les cas. Parfois, on vient nous voir un peu trop tard et l’on ne peut plus mettre en place ces procédures, donc on oriente l’entrepreneur vers le redressement ou la liquidation judiciaire.

la baule+ Février 2024 | 9 CapAtlantique La Baule-Guérande Agglo a reçu le 1er Prix au « Baromètre Expérience citoyen » du Groupe AFNOR. Cette distinction remise par l’institut de certification parmi 62 autres collectivités françaises vient récompenser les efforts entrepris par CapAtlantique La Baule-Guérande Agglo pour améliorer la qualité du parcours de l’usager et les relations qu’il entretient avec l’administration, un des engagements du projet de territoire 2030. Les efforts menés par les services pour améliorer l’expérience vécue par l’usager lorsqu’il est au contact de l’administration, mis en lumière par le lancement récent d’un « portail citoyen » en ligne, viennent d’être récompensés officiellement par l’AFNOR. Retrouvez Nicolas Criaud, maire de Guérande et président de CapAtlantique La Baule Guérande Agglo sur Kernews. Cinq émissions pour faire le point sur les grands dossiers de Guérande, ainsi que CapAtlantique La Baule-Guérande Agglo. Vous pouvez retrouver ces entretiens dans la rubrique « La vie en région » sur le site de Kernews ou via le QR code ci-dessous. Nicolas Criaud insiste sur le fait que l’agglomération est au service des usagers : «L’usager est au cœur de nos préoccupations, il faut une transformation culturelle dans nos collectivités, avec l’ensemble des agents qui sont en contact direct avec les citoyens, pour travailler ensemble sur une procédure avec un objectif clair : nous devons apporter une réponse lorsque le citoyen appelle l’agglomération ou sa commune. » Enfin, Nicolas Criaud estime que Guérande fait partie des villes attractives, c’est une ville qui vit toute l’année, c’est une ville labellisée d’art et d’histoire : « Villejames rayonne, en créant des emplois sur notre territoire, la taille des cellules est supérieure à celle des boutiques que l’on retrouve en centre-ville pour éviter que le centre-ville se vide. » Un prix pour CapAtlantique La Baule-Guérande Agglo

la baule+ 10 | Février 2024 Michel Desmurget: « La lecture de livres a un effet positif sur la capacité que l’on a à débattre, l’empathie, la connaissance et le langage. » Michel Desmurget, docteur en neurosciences, s’alarme de la dégringolade du nombre de jeunes lecteurs. Il rappelle les conséquences bénéfiques de la lecture sur le langage, la culture générale, la créativité et les aptitudes socio-émotionnelles. Même les étudiants lisent de moins en moins, au point que leurs professeurs sont toujours plus enclins à remplacer les supports d’apprentissage écrits par des contenus audio et vidéo. Pour Michel Desmurget, la disparition de la lecture s’effectue au profit d’un féroce ennemi : la culture numérique récréative. Selon l’auteur, la lecture est une véritable machine à façonner de l’intelligence dans sa dimension cognitive. En effet, la lecture régulière stimule le cerveau, renforçant les connexions neuronales et favorisant la cognition. Ainsi, l’enfant qui ne lit pas se condamne à ne jamais déployer son plein potentiel intellectuel. Selon un article paru dans la revue Science, la lecture de livres de fiction développe l’empathie. La confrontation à l’écrit bonifie alors nos habiletés relationnelles. Michel Desmurget est docteur en neurosciences. Après avoir fréquenté plusieurs grandes universités américaines (MIT, Emory, UCSF), il est aujourd’hui directeur de recherche à l’INSERM. « Faites-les lire ! Pour en finir avec le crétin digital » de Michel Desmurget est publié aux Éditions du Seuil. Société ► Un scientifique évoque les bienfaits de la lecture Pour le numérique, on a tendance à sous-estimer l’impact négatif que cela peut avoir sur le langage, la réussite scolaire, la tension, l’obésité ou la dépression La Baule+ : Le bon sens amène à cette conclusion : le numérique ne permet pas la même concentration et le vocabulaire n’est pas le même… Michel Desmurget : Je ne suis pas sûr que ce soit aussi clair, quand les médias expliquent à quel point le numérique est une bonne chose, rend les enfants intelligents, ou que c’est bon pour leur concentration ! Il y a eu tout un discours de lobbying pendant longtemps. Il y a quand même beaucoup de points d’opinion. Les opinions, c’est bien, mais je préfère me baser sur des études scientifiques, en invitant les gens à vérifier ce que j’écris. Pour le numérique, on a tendance à sous-estimer l’impact négatif que cela peut avoir sur le langage, la réussite scolaire, la tension, l’obésité ou la dépression. La liste est longue. À l’inverse, pour la lecture, on a tendance à sous-estimer l’impact extrêmement positif que cela peut avoir. Dans «Fahrenheit 451 », il y a cette citation, l’homme rentre chez lui en expliquant à sa femme qu’il a brûlé des livres et qu’il a brûlé une femme. Sa femme lui répond : « Et alors ? ». L’homme lui dit que cette vieille dame s’est laissé brûler avec ses livres... Il y a quelque chose que l’on ne peut pas imaginer sans les livres. On ne mesure pas l’ampleur de tout ce que les livres peuvent nous apporter, parce que c’est cumulatif, cela dépend du temps, et si l’on veut faire un résumé des impacts positifs des livres, cela touche à tous les piliers de notre intelligence, intellectuelle, émotionnelle et sociale. Tous ces points sont massivement bonifiés par la lecture. Il y a plein d’activités qui sont bénéfiques pour les enfants, notamment le sport, le jeu, l’art ou la musique, mais il n’y a aucune activité qui ait un effet aussi profond et aussi durable sur la trajectoire de vie d’un enfant et sa réussite scolaire que la lecture. C’est facile, c’est pas cher et ça peut rapporter gros. L’unité spatiale permet de vous repérer plus facilement, alors qu’il n’y a pas d’unité spatiale dans la tablette D’ailleurs, il yaune force du papier que les publicitaires connaissent bien. Même les catalogues numériques des grandes surfaces n’ont pas le même impact que le catalogue papier, parce que la mémorisation n’est pas la même… Les études sont assez bien documentées pour les livres et les romans. Quand c’est simple, il n’y a pas de différences entre une liseuse et le papier. Il y a toujours une différence entre l’ordinateur, la tablette et le papier, parce que sur l’ordinateur il y a toujours cette pulsion à aller vérifier des informations sur les réseaux sociaux et tout cela nous détourne de la lecture. Pour les liseuses, quand le texte est simple, c’est pareil. Mais plus le texte devient compliqué et exigeant, plus il y a un avantage du papier sur la liseuse. On se concentre mieux sur le papier, y compris les nouvelles générations, et le papier a une unité spatiale. Quand on vous demande de vous rappeler un élément dans un livre, non seulement vous vous rappelez l’événement, mais vous avez aussi tendance à vous rappeler le fait dans le livre. Dans un livre d’histoire, vous allez voir qu’il y a quelques pages sur Louis XIV, ensuite Napoléon, puis le général De Gaulle, donc vous allez avoir une chronologie du temps. L’unité spatiale permet de vous repérer plus facilement, alors

la baule+ Février 2024 | 11 qu’il n’y a pas d’unité spatiale dans la tablette. Vous pouvez donc comprendre les relations entre les différents éléments. Il y a une grande étude et l’on s’est aperçu que les étudiants arrivaient à construire une représentation plus précise de l’histoire sur papier, de façon inconsciente. C’est l’un des éléments qui font qu’il y a une supériorité du papier par rapport à la liseuse sur les textes exigeants. Cela étant, si un gamin vous dit qu’il a envie de lire « Les Misérables » ou « Guerre et Paix » sur une liseuse, autant le laisser lire, plutôt que de ne pas lire… Dans les séries, la pauvreté langagière est très importante On voit de plus en plus de personnes lire un article de presse ou un livre en se guidant avec leur doigt. Ces difficultés de lecture sont-elles liées au digital, ou à d’autres phénomènes, comme l’abandon de la lecture syllabique ? La lecture, c’est une question de volume, c’est comme le violon ou le tennis. Un enfant qui ne lit pas suffisamment ne deviendra jamais un bon lecteur. Des études démontrent un effondrement du nombre de lecteurs. Chaque année, il y a une étude pour nous expliquer qu’il y a toujours plus de lecteurs, environ 85 %, mais dans cette étude on compte même les livres de coloriage! Quand on prend les études un peu plus sérieuses, celles du ministère de la Culture notamment, il y a une cinquantaine d’années il y avait 35 % de gros lecteurs. C’est quelqu’un qui lit une vingtaine de livres par an. Aujourd’hui, nous en sommes à 10 %. C’est la même chose dans la plupart des pays occidentaux. Il y a vraiment un effondrement du temps passé à lire. Les gens ne se rendent pas compte, mais pour faire un lecteur, il faut vingt ans. Un lecteur expert doit d’abord comprendre le texte et lire environ 280 mots par minute, ce qui est beaucoup. Si vous suivez les enfants du cours préparatoire à l’université, vous allez vous apercevoir que ce seuil est atteint à l’université. Donc, il faut du temps pour apprendre à décoder. Souvent, les gens assimilent la lecture au décodage. Ce n’est pas parce qu’un enfant arrive à décoder que c’est un lecteur. Le problème de la lecture, c’est essentiellement la compréhension. Le langage de la lecture est plus compliqué que le langage de l’oral, qui est un langage de communication. Si vous avez une photo ou une vidéo d’une situation, vous avez le contexte, c’est-à-dire des couleurs, le lieu, le site… À l’inverse, dans un livre, il faut tout dire et il faut des mots pour tout. On s’aperçoit qu’il y a beaucoup plus de mots dans un livre. Par exemple, une idée saillante, c’est un mot que vous entendez rarement à l’oral. C’est la même chose pour cocasse, jacasser, ou jubiler… Dans le concours de professeur des écoles, il y avait une poésie de Victor Hugo dans laquelle on parlait d’un enfant chancelant, or la plupart des candidats n’ont pas réussi à comprendre le mot chancelant et certains ont même dit que c’étaient des enfants qui ont de la chance… Donc, non seulement il y a plus de lexiques, mais il y a plus de grammaire et aussi la finesse des temps, ce qui est une force de la langue française. L’écrit, c’est vraiment le langage de la pensée. Des scientifiques ont enregistré des milliers d’heures de conversation entre adultes, puis des centaines de romans, des films et des séries, des imagiers aussi, et l’on s’aperçoit qu’il y a plus de richesses langagières dans un imagier d’enfants d’école maternelle que dans tous les corpus oraux qui ont pu être testés. Dans les séries, la pauvreté langagière est très importante par rapport à ce que l’on peut observer dans les livres. On s’aperçoit que les enfants qui n’ont pas suffisamment lu ont toutes les difficultés à lire après. Il faut transmettre le langage à l’enfant. Quand l’enfant va être capable de lire tout seul, s’il n’a pas développé ce langage, il sera en situation d’échec, donc il n’aura aucun plaisir à lire. C’est sur ce point que doivent intervenir la famille et la lecture partagée. Le cerveau ne peut pas travailler sur le décodage et sur des textes qui nécessitent une certaine attention. Donc, il faut maintenir l’enfant sous perfusion langagière en lui lisant des histoires. Les enseignants font du très bon boulot, mais le problème c’est le nombre d’enfants dans les classes: à l’école, les programmes sont à rallonge et, quand vous avez 30 gamins, même en faisant des groupes avec 15 gamins, l’apprentissage sera moindre. La famille a un bassin de temps et de possibilité qui est bien plus important. Il faut que les parents lisent et parlent à leurs enfants, car c’est ce qui va permettre à l’enfant de développer le langage qui va lui permettre de rentrer dans la lecture avec plaisir. (Suite page 12) « Dans le concours de professeur des écoles, il y avait une poésie de Victor Hugo dans laquelle on parlait d’un enfant chancelant, or la plupart des candidats n’ont pas réussi à comprendre le mot chancelant.»

la baule+ 12 | Février 2024 On constate que les nouvelles élites n’ont plus l’argumentation nécessaire et que souvent, pour se défendre, elles se contentent par exemple de traiter l’autre de complotiste, face à quelqu’un qui a essayé d’être plus nuancé. La pauvreté langagière peut-elle être aussi responsable d’un recul démocratique ? Plus on va avoir un appauvrissement du langage et des connaissances générales, plus on va avoir un appauvrissement de la pensée. Plus les enfants lisent, plus ils ont des facilités à s’exprimer à l’oral, à organiser leur pensée et à synthétiser leurs idées. Effectivement, il y a tout ce pan intellectuel dont on a besoin pour débattre, mais il y a aussi des éléments fondamentaux dans l’intelligence émotionnelle. Les livres, c’est le seul endroit où vous pouvez rentrer dans la tête des personnages. Si vous regardez un film, vous voyez l’héroïne agir, mais quand vous lisez, vous rentrez dans la tête de l’héroïne et vous comprenez pourquoi et comment elle agit. On comprend beaucoup mieux ce qui se passe dans la tête des gens. Les chercheurs évoquent ce rôle de stimulateur social. Plus on lit, plus on arrive à se comprendre soi-même, plus on arrive à comprendre les autres, c’est ce que l’on appelle la théorie de l’esprit. On arrive aussi à ressentir ce qu’ils ressentent. Non seulement je comprends ce que fait l’autre, mais j’éprouve ce que fait l’autre. Tout cela a des impacts sur la compréhension de l’autre, mais aussi sur l’empathie. Les études traduisent une diminution de l’empathie dans les populations étudiantes. L’empathie est quelque chose de fondamental, parce que c’est la capacité à ressentir ce que ressent l’autre. Certaines études pointent une diminution de la tolérance. Les nouvelles générations ont un esprit beaucoup plus ouvert sur un certain nombre de faits de société, mais on s’aperçoit qu’ils ont beaucoup plus d’intolérance aux idées discordantes. Les Américains avaient envoyé un psychologue au procès de Nuremberg pour essayer de détecter ce qui avait fait que les criminels nazis étaient devenus des criminels nazis. Le psychologue explique qu’il n’a rien trouvé, ces gens sont tous différents et la seule chose qui les caractérise, le mal absolu, c’est l’absence d’empathie. L’empathie, c’est vraiment quelque chose qui fonde notre humanité. On ne doit pas sous-estimer la baisse de nos capacités d’empathie, mais aussi de la tolérance, car c’est ce qui nous permet de vivre sereinement en société. Au bout d’un moment, si vous discutez avec quelqu’un et que vous n’avez pas les mots, vous allez remplacer les mots par des gifles... Les conséquences sont très graves, car les générations qui arrivent au pouvoir ont perdu cette empathie, c’està-dire l’acceptation de l’idée discordante. Pendant longtemps, nous avons eu des politiques qui comprenaient que d’autres peuples ne pouvaient pas avoir notre système de pensée et que, malgré tout, nous devions bien nous entendre. Aujourd’hui, cette absence d’empathie fait que si l’autre n’est pas à notre image, il est dans le camp du mal… Ce sont des tendances statistiques. Mais la baisse d’empathie et de tolérance est effectivement un risque de tensions et de problèmes accrus entre les gens. On observe effectivement une exclusion des idées discordantes. L’affaissement de l’empathie et de la tolérance est aussi quelque chose de bien documenté. Donc, il faut que les parents et les grands-parents incitent leurs enfants à lire des livres… Oui, mais il faut les accompagner. La lecture, c’est un legs et un enfant aura beaucoup de mal à devenir lecteur tout seul. Il doit aussi avoir du plaisir, car sans plaisir, il n’y a pas de lecteur. Propos recueillis par Yannick Urrien. Michel Desmurget : « Les études traduisent une diminution de l’empathie dans les populations étudiantes.» À l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques Paris 2024, la Ville de La Baule-Escoublac a décidé de consacrer cette année à l’Olympisme. Elle fera son entrée définitive dans la famille olympique le 5 juin prochain en étant ville d’accueil du plus beau de ses symboles, la Flamme. Un parcours de près de 5 km (dont une bonne partie le long de la promenade de mer) qui sera précisé ultérieurement, conduira la Flamme jusqu’à la place des Salines où se déroulera la Cérémonie du chaudron. Le COJO (Comité d’organisation des Jeux Olympiques) vient de rendre officiel l’identité des cinq Baulois: Edouard Roger-Vasselin, Ceuzinha Gomes SA, Roger-Yves Bost, Sophie Moniotte et Sébastien Rogues. L’équipe de relais de ces vingt-cinq porteurs est placée sous le capitanat d’une autre Bauloise, Claudine Contoz, récente Championne du monde de tennis senior, désignée relayeuse directement par le COJO. Le Ville de La Baule précise que « des activités seront proposées tout le long du parcours de la caravane de la Flamme, grâce à l’engagement du tissu associatif et des clubs sportifs locaux.» Notons que le relais de la flamme olympique va nécessiter une sécurisation exceptionnelle. Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, inLes porteurs de la flamme olympique à La Baule dique que 18 policiers et gendarmes en civil assureront la protection rapprochée de chaque relayeur. Une unité de force mobile, soit environ 100 agents, placés à l’avant et à l’arrière du convoi, sera aussi chargée de lutter contre « toute forme de désordre public». Le ministre de l’Intérieur cite plusieurs organisations environnementalistes d’ultragauche comme Saccage 2024, Dernière rénovation ou Les Soulèvements de la Terre. Les porteurs de la flamme olympique : Edouard Roger-Vasselin, joueur professionnel de tennis, compte de nombreuses victoires : Roland Garros en 2014 avec Julien Benneteau, Wimbledon en finale en 2016 avec Julien Benneteau, et en 2019 avec Nicolas Mahut, le Masters en 2020 avec Jürgen Melzer. Il a atteint la 6e place mondiale en double et la 35e place mondiale en simple en 2014. Ceuzinha Gomes SA a été championne du monde d’heptathlon aux Virtus Global Games de Vichy en 2023. Roger-Yves Bost, cavalier de saut d’obstacles, a été médaillé d’Or olympique par équipe à Rio en 2016. Sophie Moniotte, Patineuse artistique de danse sur glace, a également un beau palmarès : « Avec mon partenaire Pascal Lavanchy, j’ai été vice-championne du monde en 1994, vice-championne d’Europe en 1995 et triple championne de France de 1993 à 1995. J’ai également participé à trois éditions des Jeux olympiques d’hiver, en 1992, 1994 en finissant 5e et 1998. » Enfin, le navigateur Sébastien Rogues est engagé depuis 2019 sur le circuit Ocean Fifty, avec le trimaran Primonial, qui est l’un des bateaux les plus rapides et les plus innovants du monde.

la baule+ 14 | Février 2024 La Baule rend hommage à Olivier Guichard À l’occasion du vingtième anniversaire du décès d’Olivier Guichard, Franck Louvrier, maire de La Baule, et deux filles de l’ancien maire - Constance Guichard-Poniatowski et Malcy Guichard-Ozanat - ont inauguré un bas-relief en bronze à son effigie, réalisé par l’artiste nantaise Françoise Boudier. On doit notamment à celleci le buste du maréchal De Lattre de Tassigny au Croisic et la statue du Général de Gaulle à Nantes. Franck Louvrier souligne : « Chaque visiteur de l’Hôtel de Ville pourra ainsi s’imprégner de ce regard qui a veillé si fortement sur notre quotidien et notre destin. » Le maire de La Baule ajoute: « Le vingtième anniversaire de sa disparition correspond au demi-siècle de ce bâtiment, inauguré alors en grande pompe le 4 décembre 1974 par Michel Poniatowski, alors ministre d’État, ministre de l’Intérieur. Nous y avons ainsi apposé à nouveau la plaque inaugurale qui avait disparu. » Partisan de la décentralisation et de la déconcentration Olivier Guichard a été ministre du général de Gaulle, de Georges Pompidou et de Constance Guichard-Poniatowski, journaliste, est la fille d’Olivier Guichard et la belle-fille de Michel Poniatowski. La Baule+ : Comment analysez-vous la nostalgie, notamment des trentenaires, de ces années de Gaulle ou Pompidou qu’ils n’ont pourtant pas connues ? Constance Guichard-Poniatowski : J’ai connu cette époque et je considère que ce sont les plus belles années que nous avons vécues en France depuis longtemps. Nous étions dans un essor formidable. Il se passait des tas de choses et la vie était beaucoup plus facile. C’est pour cette raison que les trentenaires ont sans doute une nostalgie par rapport à tout cela. Après, il y a la culture. La mairie de La Baule incarne bien ces années-là. On ne peut pas dire autre chose quand on voit l’architecture, mais je pense que tout était beaucoup plus facile. On a eu beaucoup de chance de naître dans les années 50 ou dans les années 60. Les trentenaires apprécient aussi les films de cette époque… Oui, c’est ce que j’observe chez mes petits-enfants. Dans les films, tout le monde fumait. On était après Mai 68 et il y a eu un grand vent de liberté pendant des années. Ce vent est quand même toujours là. Il y a eu beaucoup de choses, les femmes ont beaucoup plus de chance que dans ces années, mais aujourd’hui l’État se mêle de tout. On nous dit tout ce qu’il faut faire et ne pas faire, on nous explique qu’il faut faire du sport, ne pas fumer, ne pas boire, qu’il faut rouler à telle vitesse… L’État prend de plus en plus de place, est-ce pour notre bien ? Alors, je ne dis pas que c’était mieux avant, mais on a quand même eu plus de chance avant, parce que nous étions beaucoup plus libres. Avec votre nom, celui de votre père, et celui de votre beau-père, on retrouve deux grandes figures qui incarnaient le sens de l’État… Olivier Guichard et Michel Poniatowski étaient deux grands serviteurs de l’État qui ne roulaient pas pour eux. C’étaient des gens qui avaient vraiment le sens de l’État. Ces deux hommes avaient une vision de la France. Ils ont tout donné car ils croyaient en ces hommes qui étaient de grands présidents parce qu’ils avaient de grandes idées pour la France. Avez-vous le sentiment que cela ait disparu aujourd’hui ? La vie a tellement changé qu’il est très difficile de comparer les hommes politiques des années 70 et 80 à ceux d’aujourd’hui. Quand vous sortez de la guerre, vous avez la force de vouloir tout reconstruire. Aujourd’hui, vous avez simplement à donner votre avis sur un téléphone pour exister... Je préfère ne pas comparer ! Constance Guichard-Poniatowski : « Nous étions beaucoup plus libres. » Valéry Giscard d’Estaing : «Mais plus encore que le discret et important collaborateur du général de Gaulle, Olivier Guichard restera dans les mémoires comme un visionnaire, grand élu local, « père de l’Aménagement du Territoire », partisan de la décentralisation et de la déconcentration. Pendant les nombreuses années qu’il passa à la tête de cette mission, il s’attacha à ordonner la révolution industrielle pour que le développement ne s’effectue pas d’une manière sauvage, mais profite autant que possible à toutes les régions, afin que s’interpénètrent le monde industriel et le monde rural. » Nous voyons poindre une société de la décroissance Franck Louvrier a par ailleurs voulu évoquer l’atmosphère de liberté inhérente à ces décennies : « Constance, vous traduisez parfaitement dans votre livre «Après tant de silences » le climat de l’époque : « Tout alors y est toléré si ce n’est accepté, parce que, après la noirceur des deux guerres mondiales, la liberté a repris des couleurs. » Le balancier semble aujourd’hui s’être arrêté de l’autre côté et nous voyons poindre une société de la décroissance où nous ne sommes malheureusement plus capables de réaliser en France un nouvel aéroport, une nouvelle autoroute, où les quelques initiatives de l’État se retranchent derrière un systématique principe de précaution et sont freinées par des minorités agissantes. Autre exemple de cette dynamique « pompidolienne», lors de la période où il fut ministre de l’Éducation nationale, jamais la rue de Grenelle n’aura eu un tel esprit bâtisseur avec des moyens hors norme. Olivier Guichard installe ainsi sur les fonts baptismaux, dans une démarche d’égalité républicaine qui lui est chère, le principe du collège unique.» Ladislas Poniatowski, fils de Michel Poniatowski Constance Guichard-Poniatowski, Franck Louvrier et Malcy Guichard-Ozanat VOTRE PRÉSENCE DANS LA BAULE+, C’EST LA GARANTIE D’ÊTRE VU ! POUR VOTRE PUBLICITÉ DANS LE JOURNAL Fabienne: 06 08 80 39 55 - fabienne@labauleplus.com Rozenn: 06 13 55 11 55 - rozenn@labauleplus.com

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