La Baule+

Novembre 2018 // 25 C ’est une association dont le nom inspire souvent l'ironie des humoristes ou des amateurs de plaisanteries, toutefois il s’agit d’un sujet sérieux qui provoque des tragédies hu- maines : l’alcoolisme. Les Al- cooliques anonymes organi- sent leur congrès national annuel à la Baule, les 17 et 18 novembre à Atlantia. Ce congrès est ouvert à tous les habitants de la presqu’île, à tous ceux qui s’intéressent à la question de l’alcool, à toute personne qui souhaite trou- ver une solution à son pro- blème d’alcool, ou aider quelqu'un de son entourage. Le docteur Paul Belvèze, psy- chiatre addictologue, prési- dent des Alcooliques ano- nymes répond aux questions de La Baule +. La Baule + : Lorsque l'on évoque les Alcooliques anonymes, cela fait tou- jours l’objet de plaisan- teries, il y a des sketchs et des scènes de films... Que pensez-vous de ces moqueries ? Serait-ce fi- nalement une forme de publicité productive pour l’association, alors tant mieux, ou n'oublie- t-on pas trop souvent qu’il y a des drames der- rière l'addiction à l’al- cool ? Paul Belvèze : Les sketches les plus courants, c’est tou- jours autour de la rencontre: « Bonjour, je m’appelle Paul, je suis alcoolique… » On a tous ce scénario dans la tête ! C’est bien, cela fait parler du mouvement… Vous avez rai- son de préciser aussi qu’il y a des choses extrêmement sé- rieuses derrière tout cela. Des hommes et des femmes ont connu la dépendance à l’al- cool, ils s’en sont sortis, ils se réunissent, ils s’entraident et ils ont comme seul espoir de transmettre le message et d’aider les alcooliques qui ne sont pas encore sortis de la dépendance. C’est le côté sé- rieux. Nous sommes une vieille association qui est très attachée à ces principes, dont celui de la réunion fermée. L’annonce de votre congrès fait rire les Bau- lois, qui ironisent : « Ils ont bien choisi la ville ! » Tout le monde ricane, comme si c’était quelque chose qui ne devrait ja- mais nous concerner… Cela peut être aussi une prise de conscience que cela peut nous arriver un jour ! Au contraire, je crois que c’est quelque chose qui nous concerne absolument tous. Selon les chiffres de la santé publique, un adulte sur dix souffre d’un problème d’al- cool et chacun d’entre nous a autour de soi une personne plus ou moins en difficulté. Qu’est-ce qu’un pro- blème d’alcool ? C’est la grande question, puisque c’est une maladie évolutive. C’est une maladie qui ne s’installe pas d’emblée. Il faut des années, voire des décennies, jusqu’à ce que la prise de conscience se fasse d’une dépendance, c’est-à- dire de l’impossibilité de pou- voir s’en passer. Pendant longtemps, la personne s’ac- croche à l’idée qu’elle n’est pas alcoolique, parce qu’elle peut poser son verre pendant un weekend ou deux ou trois jours. C’est toute la difficulté du diagnostic, puisque c’est une maladie qu’il est très dif- ficile de diagnostiquer dans son stade évolutif. Les clichés portent principalement sur la phase la plus avancée de la maladie alcoolique, quand la personne a des tremblements liés au sevrage, mais le pro- blème s’installe bien en amont de ce tableau clinique. On dit souvent que l’al- coolisme commence lorsque l'on se met à boire tout seul chez soi. Qu’en pensez-vous ? C’est un cliché. S’il y avait vraiment un signe clinique prémonitoire auquel on de- vrait se fier, je pense que je le saurais ! Il est certain que prendre un verre seul pose déjà question, mais cela ne veut pas dire pour autant que l’on soit en train de participer à quelque chose qui peut de- venir problématique. Toute- fois, on peut s’interroger sur le sens de ce verre, car l’al- coolisation relève d’un fait so- cial souvent festif et convivial. C’est d’ailleurs la manière de vivre à la française. Vous ne remettez pas cela en cause ? Absolument pas, ce serait ab- surde. L’alcool a une telle his- toire dans notre culture - on retrouve l’alcool dans les traces les plus anciennes du bassin méditerranéen et de l’évolution de la civilisation judéo-chrétienne - qu'il serait totalement absurde de vou- loir le bannir. Un seul pays a osé le faire, les États-Unis au moment de la Prohibition, mais on connaît les résultats, avec Al Capone et le jazz… Je dis que ce n’est pas le produit qui est dangereux. Se méfier de l’excès d’alcool et boire avec modération, ce sont des gentilles phrases qui ne repo- sent pas sur quelque chose de scientifique. Je crois que c’est l’affaire de chacun de conti- nuer à s’interroger, de savoir qu’il existe un certain nombre de personnes en souffrance avec ce produit dans notre pays et qui sont très malheu- reuses de ce qui leur arrive. Face à cela, il y a une solu- tion: c’est l’entraide et la fra- ternité à travers une associa- tion comme les Alcooliques anonymes. Que doit-on faire lorsque l'on identifie une per- sonne en souffrance avec l’alcool, mais qui est dans le déni ? Je crois qu’il faut en parler, au risque d’avoir un télé- phone raccroché ou une porte qui claque ! Mais le message est passé. On peut dire à une personne que l’on se fait du souci pour elle, c’est essentiel, il vaut mieux en parler. Il est toujours difficile de se retrouver dans une soirée en étant celui qui ne boit pas… La personne qui peut s’affir- mer en disant qu’elle a posé son verre et qu’elle ne s’al- coolise plus perturbe la rela- tion entre deux personnes, car celui qui propose l’alcool peut aussi être interpellé et se dire : « Un jour, cela va peut-être me concerner, parce que j’ai beaucoup de points communs avec lui ou elle… » La vie sans alcool re- présentée comme une péni- tence est un cliché complète- ment archaïque. J’invite vos lecteurs à venir au congrès de La Baule pour rencontrer 600 personnes toutes réta- blies. Les Alcooliques anonymes en congrès national les 17 et 18 novembre à La Baule

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