La Baule+ Mai 2018

Témoignage 26 Mai 2018 La Baule + : Vous racontez la perte de votre bébé décédé in utero. Dans sa préface, le doc- teur Georges Picherot ex- plique que ce drame relève d’un effondrement familial, qui ne peut jamais être pré- paré, ni effacé, car lorsque l'on vous voyait avec votre joli ventre, on disait que vous por- tiez la vie… Danielle Schroder : On porte la vie mais, malheureusement, on peut terminer en portant la mort... Vous étiez enceinte et ce 26 février 2016 a été le plus hor- rible jour de votre vie… C’était un séisme. Enmai 2015, j’apprends cette bonne nou- velle : un enfant prend place en moi. J’attends le 1er juillet, jour de la Saint Thierry, et j’an- nonce à mon mari Thierry que je suis enceinte. Je l’annonce également à notre fils Lucas qui avait 9 ans à cette époque. Il saute de joie, puisqu’il rêvait d’avoir un petit frère depuis quelques mois. Lucas a eu 11 ans le 20 février dernier et Lo- ris aurait eu 2 ans le 26 février. Ce qui est paradoxal, c’est que Loris a pointé son petit bout de nez le jour du terme de Lu- cas. On peut dire que notre fils aîné a un ange gardien... Alors, pendant ma grossesse, tout se construit, je suis une maman heureuse, il y a un papa content et un enfant joyeux. Franchement, rien d’anormal, une très belle grossesse. Mais j’ai quelques doutes quand même, parce qu’à la quaran- taine on sait qu’une grossesse peut s’arrêter du jour au len- demain. Je l’avais dit à Lucas… Pourtant, quand on porte la vie, on ne pense pas que l’on n’ira pas jusqu’au bout… À un mois de grossesse, j’ex- plique à Lucas qu’une gros- sesse peut s’arrêter du jour au lendemain quand on a 40 ans. Mais, après, on n’en parle plus. Il y a les premiers mouve- ments, les premières caresses sur le ventre, et j’explique à Lu- cas comment les choses se passent. Tous les trois mois, il y a une échographie et la der- nière date du 29 janvier 2016. Tout est bien et c’est un beau bébé qui s’annonce. Le 12 fé- vrier 2016, j’ai encore un doute, mais je fais confiance à Une Nazairienne témoigne sur la perte d’un enfant in utero Danielle Schroder : « Je me suis sentie sale parce que je ne portais plus la vie, mais la mort. » D anielle Schroder était convaincue qu’elle allait donner la vie, mais elle a appris à la maternité que son bébé était déjà mort dans son ventre. De nombreuses femmes sont confrontées à cette terrible situation, mais cela reste un sujet tabou et c’est pour cette raison qu’elle a voulu té- moigner dans un livre bouleversant. Elle s’adresse aux couples qui vivent un véritable cauchemar lorsqu'ils doi- vent affronter ce drame car les proches ne savent pas comment in- tervenir pour soutenir une femme qui pensait mettre un enfant au monde. La perte d’un bébé in utero est une inimaginable souffrance, sou- ligne Danielle Schroder, qui habite à Saint-Nazaire et qui est venue en voi- sine dans le studio de Kernews pour nous présenter son livre. Elle tient à remercier le biographe Christophe Té- zier qui l’a aidée à rédiger cet ou- vrage. Par ailleurs, pour l’achat de chaque exemplaire, 10% sont rever- sés à l’association « Sa Vie », une structure d’aide au développement de la recherche sur le syndrome de la mort subite ou inexpliquée du nourrisson. « Maman et pourtant. De la vie à la mort in utero » de Danielle Schroder est publié aux Éditions Edilivre. Tél. 02 40 23 71 72 www.pichonetÀls.com VENTE DE LAINES ET ACCESSOIRES EN LIGNE www.1001laines.com Dépôt ouvert tous les samedis de 10h à 12h 18, av. du Gulf Stream - Zone Atlantique - PORNICHET - 06 87 13 43 43 Les cotons sont arrivés ! DÉPANNAGES - S.A.V. ma gynécologue. Elle me de- mande comment les choses se passent et je lui dis que tout va bien. Elle commence à cher- cher le cœur du bébé, elle a des difficultés, mais elle me dit que c’est normal. D’un seul coup, on entend très vite des petits battements, mais comme la fréquence est trop basse, elle me dit qu’elle ne va pas enregistrer cela dans mon dossier. Qu’est-ce que cela signifie ? Je ne sais pas... Aujourd’hui en- core, je me conforte en disant que c’était bienmon fils... Mais je crois que j’aurai toujours un doute. Est-ce que c’était mon propre cœur ? Ce bruit était-il celui de Loris qui était déjà dé- faillant ? Mais je me dis que tout va bien et je ne pense ab- solument pas au drame. Je sens cet enfant bouger et je ne me pose pas la moindre ques- tion. J’appelle ma maman en lui expliquant que tout va bien, mais que l’on n’a pas pu enre- gistrer la fréquence parce que c’était trop rapide. En rentrant chez moi, je fais le même com- mentaire à mon mari. Mer- credi 24 février 2016, le travail commence et, contrairement à Lucas qui est né par une cé- sarienne, je ressens des contractions. Dans la nuit de jeudi à vendredi, j’appelle la maternité en expliquant que j’ai des contractions toutes les dix minutes et je demande ce que je dois faire. On m’ex- plique que le travail va com- mencer et les contractions de- viennent plus fortes. Je reste calme. Pendant un moment, lors du petit-déjeuner, je me tiens àmon réfrigérateur parce que je suis poussée par une grosse contraction. Mon mari dépose à l’école Lucas, qui dit à ses camarades que c’est un grand jour parce que son petit frère va arriver et je pars en- suite à la maternité avec le sourire. Nous arrivons aux ur- gences. Je suis heureuse. Je suis prise en charge à la Cité sanitaire de Saint-Nazaire. Tout va très vite et c’est un homme qui vient me faire passer les examens. Il pose le monitoring sur mon ventre. J’ai le sourire, mais il me dit qu’il va aller chercher une autre machine parce qu’il n’entend pas bien, car celle-ci est vieille… Il revient avec un autre appareil et je vois ses doigts tourner un bou- ton. Il coupe le son et il me dit à nouveau qu’il doit s’absenter quelques minutes. Je portais un enfant mort, mais mon corps travaillait Il avait déjà compris… Oui. Il n’y avait d’ailleurs pas de problème avec le premier appareil... Il savait, mais il ne savait pas comment le dire. D’ailleurs, il n’a pas le droit de l’annoncer aux parents. C’est le gynécologue obstétricien qui doit faire cette annonce. Il me demande de l’accompagner pour passer une échographie. Je ne me doute absolument de rien. Mon mari avait déjà des doutes - il me l’a dit plus tard - mais il ne me fait rien ressentir. Dans la salle d’échographie, d’autres mamans viennent passer des visites et j’entends des rires. La gynécologue ar- rive, mais je ne m’aperçois de rien et je suis convaincue que je vais voir mon fils. On me bascule à gauche et la gynéco- logue me demande : « Depuis quand sentez-vous cette masse dans votre ventre ? » Effecti- vement, j’avais signalé que je sentais un genre de yo-yo, mais l’enfant prend tellement de place que l’on ressent évidem- ment des mouvements. Je lui réponds que je ressens cette masse depuis plus d’une di- zaine de jours et elle me dit, alors que je vois l’enfant à l’écran : « Il n’y a plus d’activité cardiaque » . Je ne pleure pas, je ne comprends pas... Mon mari est effondré et il me tient la main. J’ai mis mes mains sur mon ventre et jeme suis sentie sale parce que je ne portais plus la vie, mais la mort. À cet instant, j’ai demandé une cé- sarienne parce qu’il était hors de question que je mette au monde un enfant mort. Je por- tais un enfant mort, mais mon corps travaillait. Vous évoquez cela avec une sorte de détachement, comme sil s'agissait d'un filmque vous veniez de voir, alors que l’on sait que c’est extrêmement

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